
Lorsque les politiques commencent à prendre la mesure des difficultés et admettent l’impérieuse nécessité d’y apporter des réponses sérieuses, on peut alors espérer avoir atteint le paroxysme d’une crise désormais devenue systémique.
Jusqu’en juin 2008, les gouvernements s’étaient contentés d’intervenir ponctuellement par l’intermédiaire des banques centrales, en injectant des liquidités sur les marchés interbancaires ou en opérant ici ou là au sauvetage de banques en difficulté (Northern Rock, Bear Stearns).
Mais le mois de septembre a vu se cristalliser le risque d’une rupture du système financier, qui rendait désormais nécessaire une réaction coordonnée d’envergure.
La dégradation du bilan des deux agences hypothécaires américaines Fannie Mae et Freddie Mac, garants de la moitié des crédits immobiliers aux Etats-Unis, a constitué l’élément déclencheur de cette prise de conscience. Une mise sous tutelle gouvernementale a été décidée pour sauvegarder la protection des emprunteurs.
Choisissant délibérément d’abandonner la banque Lehman Brothers, placée sous la protection de la loi sur les faillites, le Trésor américain a fini par considérer que le risque de faillites en chaine pouvait ravager une confiance déjà fragile dans le système bancaire.
Aussi, lorsque la première compagnie d’assurance américaine (AIG), touchée par la chute du marché immobilier américain fit état de son incapacité à faire face au taux de défauts sur les crédits hypothécaires, la Réserve Fédérale annonça la mise en place d’un plan de sauvetage de 85 milliards de dollars pour garantir sa survie.
Parallèlement, les autorités britanniques facilitèrent le rachat par Lloyds Bank de Halifax Bank of Scotland (HBOS) pour sauver le plus grand fournisseur de crédits hypothécaires au Royaume Uni.
Et les banques centrales décidèrent de coordonner leurs injections de liquidités pour éviter un assèchement du marché interbancaire.
Enfin, le secrétaire américain au trésor Henry Paulson finit par annoncer que le gouvernement allait prendre des mesures pour restaurer la confiance dans le système financier et proposer au Congrès américain le vote d’un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars.
La décision d’interdire les ventes à découvert sur les valeurs financière fut également prise en commun par les Régulateurs. Tout cela s’est traduit par des mesures concrètes, puisque le Trésor américain a facilité l’acquisition par JP Morgan des dépôts et actifs de la caisse d’épargne américaine Washington Mutual tandis qu’en Europe, se sont succédées des nationalisations totales (Bradford& Bingley au Royaume Uni) ou partielles (Dexia,Natixis,Fortis)
Ces mesures ont eu un impact positif mais la volatilité demeurée exceptionnellement élevée car la crise de liquidité s’est transformée en crise de solvabilité. En effet, les décisions prises par les responsables politiques, dépassés par l’ampleur du problème, ont plus contribué à amplifier les dégâts, par leur manque de coordination, qu’à apporter de réelles solutions. L’exemple irlandais en est une brillante illustration. Lorsque le gouvernement irlandais a décidé, de façon unilatérale, de garantir le passif de ses banques, la liquidité des banques britanniques a immédiatement fui vers l’Irlande. Londres a du décider, dans l’urgence, une nationalisation partielle de ses banques pour enrailler la panique qui s’était emparée du système financier.
Restaurer rapidement la confiance sera un vrai défi pour les autorités, étant donné que le risque baissier, qui perdure sur l’économie américaine et les bénéfices des entreprises, continue de hanter les marchés financiers.

La situation risque donc de rester tendue sur le crédit, même après un début d’apaisement de la crise.
L’aversion au risque devrait perdurer dans l’attente d’une amélioration durable de la situation sur le crédit, d’une recapitalisation des banques (ou d’un changement provisoire des normes comptables) et surtout d’une stabilisation des prix de l’immobilier américain.
Cependant, l’un des principes enseignés par les crises financières passées est qu’elles peuvent constituer un point de retournement vers une situation positive, dès lors que le pire scénario est évité.

Situation économique
Aux Etats-Unis, la détérioration du marché du travail s’amplifie progressivement (69 000 destructions d’emplois en juillet contre 89 000 en aout et 157 000 en septembre) et le marché immobilier qui poursuit sa baisse, ne montre aucun signe d’amélioration.
L’économie américaine devrait être en récession, et le reste du monde subir également un ralentissement rapide.
En Europe, la dégradation est désormais sensible tant sur le plan du chômage que de la production industrielle.
Les pays émergents, nullement immunisés comme nous nous étions gardés de le croire, subissent à leur tour, les effets de la crise malgré la baisse du prix des matières premières.

Pour autant, et à moins d’un effondrement bancaire général, qui ne nous paraît pas constituer le scénario le plus probable, les fondamentaux économiques cesseront de se dégrader au cours des prochains trimestres et les marchés Actions, jouant leur rôle d’anticipation traditionnel, trouveront un point bas solide, avant que l’économie ne cesse de se dégrader.
Soutenues par une garantie étatique, un accès aux liquidités illimité et par l’interdiction de ventes à découvert, les banques retrouveront les premières la faveur des investisseurs
Reprenant à la charge de l’Etat la garantie des dépôts, en cas de défaut du secteur bancaire, les pouvoirs politiques sont en effet en train de transférer le risque de défaillance hors des banques et compagnies d’assurances.
Cette amélioration devrait passagèrement se voir sur le plan boursier. Mais, la nécessaire recapitalisation massive, qui devrait suivre devrait durablement fragiliser la reprise de ce secteur.
A l’inverse, la dégradation du marché du travail et de la croissance toutes zones confondues et surtout un accès au crédit rendu très difficile pénalisera les entreprises industrielles cycliques.
Achevé de rédiger le 8/10/08
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